Curriculum Vitaie

 

      

   

 

    CHRISTIAN  MARINI

    

         " Exils de l'âme

 

 

A vu le jour dans le midi de la  France  à Marseille en 1946.

 

 Ce n'est qu'au début des années 80 qu'il consacrera plus  de  temps à sa passion, et  qu'en 2000 qu’elle prendra  une place plus importante dans sa vie. Son travail  porte essentiellement sur la liberté de figurines naissantes de formes abstraites, dans  lesquelles  il  aime  se  retrouver  fréquemment.

Chaque  œuvre   est  une  création  nouvelle  en  elle-même  et unique  dans  son expression. Pour cet artiste  autodidacte, des objectifs tels que beau ou laid ou des verbes tels que plaire ne le concernent pas, pour lui l’essentiel est la liberté d’expression et la sincérité avec lui-même.

Face à ses toiles nous sommes attirés, bousculés, surpris, nous adhérons ou pas mais nous ne restons pas indifférents.

Chaque œuvre est un cri de joie et de douleur, tel un accouchement.

Pour l’artiste, chaque être est un créateur de naissance ou plutôt par essence au plus profond de lui –même.

On ne peut parler d’art sans parler de ressenti et de communication.

 

« Les intentions d’un artiste, comme les explications du spectateur sont toujours de fausses clés, l’énigme demeure car sur toute œuvre d’art, vient se faire et se défaire le sens qu’on lui prête »

 

 Pierre Soulages

Christian Marini

Crée dit-il, sans se soucier du présent ni du passé artistique dont se nourrissent habituellement les artistess formes d'influences délibérées, crée dans un monde qui n'appartient qu'à lui, un peu distant de la vie artistique contemporaine; il est sincère.

Le discours est une chose, le visuel en est une autre et on ne peut s'empêcher d'évoquer spontanément au regard et à l'écoute de son œuvre de multiples résonances artistiques mêlées à une authenticité très personnelle, intime, une vérité intérieure troublante reflétant ses joies, ses espérances, ses souffrances.

On ne peut nier l'héritage, même inconscient ou involontaire, d'un passé artistique relatif à Cobra, Chaissac, Dubuffet, Picasso, Masson, Miro, Combas... Il retentit à travers un espace pictural identitaire fait de racines vivantes, de plaies, de lieux devenus inhabitables, d'introspections.

L'artiste se jette corps et âme dans son œuvre; c'est une nécessité pour lui.

Le contemplateur ne peut être ni sourd, ni distrait et si les tableaux s'adressent dans un premier temps prioritairement à l'artiste lui-même, ils dialoguent librement avec nous, nous interrogent, nous interpellent, nous captivent, nous dérangent peut-être, nous touchent assurément.

Le langage est métaphorique, morcelé, veiné d'émotions réelles, d'altérabilités, d'instincts, d'hypersensibilité, de pensées intimes, de déchirements. L'artiste se dévoile plus qu'il n'y paraît à travers fragments écrits et cris.

Le ton est tantôt sarcastique, ingénu, provocateur, rebelle, ironique, à vif, on le pressent toujours vrai. Le son n'est coupé ou mis en sourdine que si l'on prend soin d'oublier l'extrait discursif auquel l'artiste associe certaines peintures (La fessée, Fessée en promenade, Souffrance partagée, Langue tirée.....

La plupart des tableaux disposent en effet d'un titre très explicite, équivoque, qui résonne parfois un peu trop fort, nous atteint crûment. Ces intitulés semblent être pour l'artiste un impératif, une décharge personnelle proche de la psychanalyse, une thérapie. L'auteur de l'œuvre devient dans ces circonstances davantage que l'artiste créateur, il est aussi témoin, peut-être même patient, révélateur impulsif d'un envers du tableau, d'une intériorité entrevue, fulgurante, émouvante.

L'intitulé est-il dans ces cas là à l'origine du tableau ou en est-il la cause, la justification? Peu importe. Si l'on veut imaginer une réalité universelle dans laquelle on se retrouve, plonger dans l'imaginaire de ces peintures, il faut seulement parvenir à mettre entre parenthèses les sonorités verbales les plus bruyantes pour suivre des inspirations non exhaustives.

On embarque très vite... Les thèmes récurrents sont jalonnés de références familiales et affectives, entre présences et absences, rencontres, résistances, rapports humains.

 

 

Regardons les tableaux d'un peu plus près.

 Ce sont essentiellement des grands et très grands formats. Leur style est assez homogène, reconnaissable même si certaines créations sont beaucoup plus plastiques que d'autres. Si la forme et la facture évoluent naturellement, le fond relève des mêmes thématiques récurrentes au fil du temps :la famille, l'amitié, les cycles de la vie.

 Le ressenti à grande échelle est plus prenant, pénétrant; il suscite davantage notre intérêt et offre plus d'amplitude, de liberté d'expression.

Des collages de matières hétérogènes (viles, fragiles, usuelles, ce que l'artiste a sous la main) se mêlent à l'acrylique sur des supports qui peuvent être marouflés pour donner plus d'épaisseur et de relief, des toiles, des cartons, des mélaminés renforcés.

 Des griffures, des traces, des empreintes, des bombages, des graffitis, un travail au couteau, au pinceau, tout est possible, expérimenté sans limite. La matière, lorsqu'elle est brute, est plus ou moins accidentée, le relief plus ou moins palpable.

 Les tableaux sont parfois recouverts d'une couche de résine qui unifie la surface et apporte luisance, un effet laqué.

 La première étape créative en peinture consiste pour l'artiste à chercher les principales lignes de composition, l'harmonie d'ensemble sur une petite feuille au crayon à papier. Ces croquis préparatoires ne sont que des étapes préliminaires mais ils permettent de retrouver, lorsqu'on en dispose, le diagramme du tableau et surtout son évolution progressive, au ressenti et à l'instinct de l'artiste; il ne sait jamais vraiment où il va. Le dessin (qui sert de base à la peinture) n'est généralement pas reproduit sur le tableau à moins que la construction ne soit plus complexe. La mise en forme prime sur les formes. Certaines compositions graphiques sont retravaillées à la craie grasse, au pinceau, au stylo bille, à l'encre de Chine, marouflées sur contre-plaqué et recouvertes de deux couches de résine. Ces petits tableaux forment des séries calligraphiques de pictogrammes formels en noir et blanc ou en couleurs.

La palette est variée, souvent haute en couleurs, basée sur des contrastes tranchés ou au contraire des déclinaisons tonales (bleues, rouges, jaunes, bruns)

Les couleurs sont posées en larges aplats peu à peu nuancés, rehaussés de graphismes
souvent enchevêtrés, de coulures, de matières jusqu'à ce que la surface peinte devienne très détaillée au point d'être confuse, presque chaotique. Les tracés sont structurants, elliptiques.

Chaque référent graphique stimule l'imaginaire, inspire au regard qui s'y investit des germes de récits, des digressions facétieuses au sein du tableau.

Ces peintures considérées dans leur ensemble constituent presque un recueil biographique impensable, avec des formes hybrides proches du rébus, une mythologie personnelle, une pulsion infantile du geste et des attitudes symboliques révélatrices, une réalité refoulée, parfois étouffante qui surgit au travers de tracés vagabonds et sauvages, allusifs ou précis, convulsifs ou contrôlés. Parfum de contradictions entre mouvement et sclérose, force et délicatesse.

Les formes, mouvantes, changeantes, indisciplinées, s'esquissent avec promptitude et s'équilibrent librement, arbitrairement. Elles s'amalgament, se conjuguent, se métamorphosent, suggèrent, racontent avec tension, expression, insoumission, sans artifice.

Un microcosme labyrinthique entre figuratif (figural) et défiguratif (représentatif) fait de fantasmatique et de réel, d'étrange, d'échos inextricables, inexprimables autrement qu'à travers l'art. Un travail sur l'écriture de soi, un soi-même difficile à saisir, éclaté, impermanent. Des rapprochement insolites voire triviaux telle cette empreinte de fer à repasser dans « Naissance » est un exemple significatif, l'angoisse du cordon ombilical qui nous relie à la vie dans ce même tableau. Les toiles se décryptent peu à peu tout en conservant leur humour poétique, leur mystère, leur alchimie, leur dérision.

Il n'y a ni ciel, ni nature, une omniprésence de la figure humaine, des projections embryonnaires incontrôlées qui nous renvoient au monde tragique d'Artaud, aux lignes errantes de Masson, aux sinuosités dansantes de Miro, un mélange de douceur, de violence, de délires, de mélancolie. L'esprit déambule dans les tableaux, d'un repère à l'autre. De nouvelles configurations, harmonisations imprévisibles surgissent à mesure que l'on regarde.

L'art de Christian Marini est dans le sillage de l'Art Brut auquel il apporte une fibre émotionnelle tres personnelle, un tempérament, un discours pictural touchant, rythmé. La perception est à l'intérieur de son art, au cœur de la matière, sans jamais toucher le fond. Des esquisses de dialogues ouvertes à des interprétations plurielles, des informels (formes transitoires), qui renouvellent l'optique de chaque tableau. La vie et l'œuvre de l'artiste, le formel et le narratif, sont très étroitement liés; ils nous atteignent. Une auto genèse jamais figée, en devenir, rythmique.

 

 Création indéchiffrable qui s'exprime par l'émotion

L' ensemble de son œuvre s'apparente à un recueil de narrations, de questionnements, de remises en question. Ce pourrait être des créations qu'on "feuillète" et sur lesquelles on revient sans cesse: elles interpellent, captivent, touchent, s'ébauchent ou s'écoutent librement et différemment en fonction de l'instant. Le titre, pour introduire son œuvre, pourrait vari...er à l'infini selon ce que nous souffle l'inspiration, l'imagination. Des histoires se construisent, se déconstruisent, génèrent des figurations, des sources vives et palpitantes. Aucune clandestinité; le contemplateur sent une vérité confuse qui vient de d'autant plus loin qu'elle est à l'état brut, qu'elle est incontrôlée. Lui et nous cheminons à l'instinct entre sensibilité, éclosions, combinaisons, jeux de miroirs dans lesquels on aime à se perdre.

Un artiste de talent

 

 MARIE-HELENE BARREAU   Docteur en histoire de l'art  ( Paris-Sorbonne  )