Le grand frère : Peinture sur toile 164x111cx 2016

                                                                                                                                                                                           

 

       Christian marini

                                  

                exile de l'âme

 

 

 

                   

 Rencontre Maecene Arts avec Christian MARINI à Marseille   

 

Une visite qui s'est un peu prolongée car je n'ai pas vu le temps passer. Christian Marini est un artiste attachant, d'une grande sensibilité, simplicité, d'une extrême gentillesse et d'une réelle humilité.
L'atelier où il crée est aussi son lieu de vie quotidien. Sa vie et son œuvre se reflètent, ne font qu'un. Son art est l'expression touchante, vraie, d'une profondeur intérieure, de sensations communicatives, de pensées graphiques spontanées, instinctives, inconscientes.
Une liberté créatrice construite à partir d'esquisses préparatoires. Des compositions toujours très équilibrées, rythmées, harmonieuses même si l'artiste dit ne jamais vraiment savoir où il va. Il s'étonne lui-même, s'angoisse devant le support encore vierge, toujours dubitatif. Il expérimente, travaille créativement la matière picturale, utilise des collages de papiers déchirés, d'objets, de divers matériaux. Une écriture diversifiée sans fioriture, suggestive, tourmentée, narrative, métaphorique. On est pris d'envie de s'approcher, de toucher la matière. L'alchimie fonctionne et nous émeut.
Des filiations évidentes même si l'artiste les ignore. Son univers est un cri intérieur, le sien, sans règle particulière autre que son authenticité, sa sensibilité qu'il déploie avec beaucoup de talent. On sent des réminiscences de formes totémiques, un retour aux sources primitif, l'influence de Picasso. On pourrait évoquer Appel et le mouvement Cobra, l'art brut, Combas. Ce sont avant tout des créations surgies des profondeurs intimes et anxieuses de l'artiste.

Un coup de cœur

 

Ce n'est qu'au début des années 80 qu'il consacrera plus  de  temps à sa passion, et  qu'en 2000 qu’elle prendra  une place plus importante dans sa vie. Son travail  porte essentiellement sur la liberté de figurines naissantes de formes abstraites, dans  lesquelles  il  aime  se  retrouver  fréquemment.

Chaque  œuvre   est  une  création  nouvelle  en  elle-même  et unique  dans  son expression. Pour cet artiste  autodidacte, des objectifs tels que beau ou laid ou des verbes tels que plaire ne le concernent pas, pour lui l’essentiel est la liberté d’expression et la sincérité avec lui-même.

Face à ses toiles nous sommes attirés, bousculés, surpris, nous adhérons ou pas mais nous ne restons pas indifférents.

Chaque œuvre est un cri de joie et de douleur, tel un accouchement.

Pour l’artiste, chaque être est un créateur de naissance ou plutôt par essence au plus profond de lui –même.

On ne peut parler d’art sans parler de ressenti et de communication.

 

 

Regardons les tableaux d'un peu plus près.

 Ce sont essentiellement des grands et très grands formats. Leur style est assez homogène, reconnaissable même si certaines créations sont beaucoup plus plastiques que d'autres. Si la forme et la facture évoluent naturellement, le fond relève des mêmes thématiques récurrentes au fil du temps :la famille, l'amitié, les cycles de la vie.

 Le ressenti à grande échelle est plus prenant, pénétrant; il suscite davantage notre intérêt et offre plus d'amplitude, de liberté d'expression.

Des collages de matières hétérogènes (viles, fragiles, usuelles, ce que l'artiste a sous la main) se mêlent à l'acrylique sur des supports qui peuvent être marouflés pour donner plus d'épaisseur et de relief, des toiles, des cartons, des mélaminés renforcés.

 Des griffures, des traces, des empreintes, des bombages, des graffitis, un travail au couteau, au pinceau, tout est possible, expérimenté sans limite. La matière, lorsqu'elle est brute, est plus ou moins accidentée, le relief plus ou moins palpable.

 Les tableaux sont parfois recouverts d'une couche de résine qui unifie la surface et apporte luisance, un effet laqué.

 

Christian Marini crée, dit-il, sans se soucier du présent ni du passé artistique dont se nourrissent habituellement les artistes. Il récuse toutes formes d'influences délibérées, crée dans un monde qui n'appartient qu'à lui, un peu distant de la vie artistique contemporaine; il est sincère.

 

Le discours est une chose, le visuel en est une autre et on ne peut s'empêcher d'évoquer spontanément au regard et à l'écoute de son œuvre de multiples résonances artistiques mêlées à une authenticité très personnelle, intime, une vérité intérieure troublante reflétant ses joies, ses espérances, ses souffrances.

 

On ne peut nier l'héritage, même inconscient ou involontaire, d'un passé artistique relatif à Cobra, Chaissac, Dubuffet, Picasso, Masson, Miro, Combas... Il retentit à travers un espace pictural identitaire fait de racines vivantes, de plaies, de lieux devenus inhabitables, d'introspections.

 

L'artiste se jette corps et âme dans son œuvre; c'est une nécessité pour lui.

 

Le contemplateur ne peut être ni sourd, ni distrait et si les tableaux s'adressent dans un premier temps prioritairement à l'artiste lui-même, ils dialoguent librement avec nous, nous interrogent, nous interpellent, nous captivent, nous dérangent peut-être, nous touchent assurément.

 

Le langage est métaphorique, morcelé, veiné d'émotions réelles, d'altérabilités, d'instincts, d'hypersensibilité, de pensées intimes, de déchirements. L'artiste se dévoile plus qu'il n'y paraît à travers fragments écrits et cris.

 

Le ton est tantôt sarcastique, ingénu, provocateur, rebelle, ironique, à vif, on le pressent toujours vrai. Le son n'est coupé ou mis en sourdine que si l'on prend soin d'oublier l'extrait discursif auquel l'artiste associe certaines peintures (La fessée, Fessée en promenade, Souffrance partagée, Langue tirée[...])__________

 

La plupart des tableaux disposent en effet d'un titre très explicite, équivoque, qui résonne parfois un peu trop fort, nous atteint crûment. Ces intitulés semblent être pour l'artiste un impératif, une décharge personnelle proche de la psychanalyse, une thérapie. L'auteur de l'œuvre devient dans ces circonstances davantage que l'artiste créateur, il est aussi témoin, peut-être même patient, révélateur impulsif d'un envers du tableau, d'une intériorité entrevue, fulgurante, émouvante.

 

L'intitulé est-il dans ces cas là à l'origine du tableau ou en est-il la cause, la justification? Peu importe. Si l'on veut imaginer une réalité universelle dans laquelle on se retrouve, plonger dans l'imaginaire de ces peintures, il faut seulement parvenir à mettre entre parenthèses les sonorités verbales les plus bruyantes pour suivre des inspirations non exhaustives.

 

On embarque très vite... Les thèmes récurrents sont jalonnés de références familiales et affectives, entre présences et absences, rencontres, résistances, rapports humains.

 

 

Dans mon lieu de travail avec Marie-hélène Barreau Montbazet,vis présidente de Mecene-Arts

L'art de Christian Marini est dans le sillage de l'Art Brut auquel il apporte une fibre émotionnelle tres personnelle, un tempérament, un discours pictural touchant, rythmé. La perception est à l'intérieur de son art, au cœur de la matière, sans jamais toucher le fond. Des esquisses de dialogues ouvertes à des interprétations plurielles, des informels (formes transitoires), qui renouvellent l'optique de chaque tableau. La vie et l'œuvre de l'artiste, le formel et le narratif, sont très étroitement liés; ils nous atteignent. Une auto genèse jamais figée, en devenir, rythmique.

 

MARIE-HELENE BARREAU   Docteur en histoire de l'art  ( Paris-Sorbonne  )